Le Germoir des rêves fanés (9ème épisode: L’oiseau sans abri et les quêtantes voix-suite-) : Publier le 18/10/2006 à 16:09 - 656 Lecteurs - 0 Votes (0/10)

 

 

                                                                    L’oiseau sans abri et les quêtantes voix-suite-

Le temps s’arrêtait durant mes rencontres avec Amale. Nos câlins nous procuraient une chaleur sereine. On avait tous les deux enterré la solitude, et la plage déserte ne nous suggérait plus l’inquiet mysticisme de nager dans le néant. Je ne peux dire que mes idées étaient purement innocentes, que je ne pensais à embrasser chaque détail de son corps qui respirait la vie. Seulement, j’encourageais à l’excès une retenue contre tout plaisir qui ne serait partagé et qui aurait causé plus de mal que de bien. Ma valse-hésitation était peut-être due à une voix qui cherchait à me rendre indécis. Ma raison ne faisait pas bon ménage avec mon cœur. Tous mes sommeils paradoxaux commençaient par une voix qui clamait : « Ouvres les yeux ! Ouvres les yeux… ! ». Et quand je refusais de les ouvrir, elle faiblissait et cessait de m’avertir.

   Ces voix ne réussirent guère à m’empêcher de m’aventurer dans un amour qui me soulevait de terre et que je tenais à renforcer. Mais le temps s’acharna contre moi et précipita son mouvement.

 

   Amale m’appela un matin et, sans se retenir de pleurer, elle m’annonça la détention de son père. Elle se lamentait sur le sort qui fit d’elle une fille trompée par son entourage. Elle découvrit après la détention la vraie identité de son père qui fut accusé de posséder un laboratoire clandestin pour la fabrication de l’extasy, d’introduire et de faire circuler dans le pays la poudre blanche. Avec son ton larmoyant, elle me déclara qu’elle voulait tant me voir à ses côtés, mais qu’elle devait remettre en ordre ses idées en s’attendant au plus difficile. Elle me promit un appel et une rencontre.

  

   Le matin d’après, les photos de son père emplissaient les unes des journaux. Il allait droit vers la condamnation. Je ne pus taire ma haine envers ce genre d’hommes. Pourtant, je pensais aux autres têtes qui devaient tomber. J’imaginais l’état dans lequel pouvait être Amale, en marchant vers Isla comme ayant la conviction de la retrouver là-bas. Et pour mon grand bonheur, elle y était. Dès qu’elle me vit, elle chercha mes bras et les prit comme refuge en me demandant de ne pas aborder le sujet de son père, lequel était,pour elle, désormais clos.

   Amale resta quelques instants sans parler, puis s’éclata en rires surprenants. Elle m’assura qu’elle avait oublié tous les chagrins et que je n’avais pas à être triste pour une affaire qui ne la concernait plus puisqu’elle allait vivre comme avant et mieux encore. Elle ne voulut répondre au pourquoi ni au comment que je posai inquiet, comme je savais que tout ce qui leur appartenait fut mis sous garde. Avant de partir, elle m’invita à une soirée que sa clique, dit –elle, organisait spécialement en son honneur et durant laquelle je pouvais tout comprendre. C’était un bal travesti où je devais avoir la tête masquée.

   Je refusai à plusieurs reprises d’assister aux fêtes qu’elle organisait avec sa bande en crainte de m’ennuyer. En fait, je craignais plutôt me retrouver dans un espace qui n’est pas le mien et avec des jeunes aux goûts loin de mon esprit. Cette nuit là, j’étais persuadé que ce bal allait passer autrement.

 

   J’envoyai Paloma alors me chercher un bon masque qui me serait adéquat. Il était heureux pour moi et me faisait des remarques sur ce que je devais porter. Malgré qu’un problème l’alarmait. Il voulait quitter Elperro et rejoindre l’autre kharchacha pour l’aider dorénavant. Sauf que le premier n’allait pas rester muet en se voyant délaissé, surtout que Paloma lui devait une somme d’argent.

 

    Je lui proposai de patienter et de réfléchir aux dangers qu’il risquait en se créant un ennemi.  Il refusa de m’écouter et dit qu’il ne craignait personne. L’heure de partir était venue, je lui demandai de faire attention, pris mon masque et sortit en essayant tout au long du chemin de ne pas me faire du souci et de me préparer à passer une soirée charmante.

                                                                                                                                          Le dernier épisode très prochainement.

 

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Génial

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  Poster par Steph le 21/10/2006 à 21:50

    Trés beau ce que tu écris, franchement je suis épaté !

 

Cingrats

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  Poster par Nadia le 22/10/2006 à 20:22

    Mourad, How to congratulate you! I’m speechless.
    Ton style est tellement fin qu’il imprègne l’âme. Je peux sentir ta sensibilité à travers tes mots !je sens aussi la douleur des personnages. j’ai été entraînée entre les lignes pour me retrouver témoin de chaque mot. C’est bien la sensation que je guette en littérature ; l’évasion, quoi que cette fois elle fût amère et douloureuse, j’en ai pleuré. L’histoire de Paloma et de ses petits frères me révolte et m’enrage Aussi diplomate que je puisse être, j’avoue mes envies de faire subir à leur père la plus affreuse, la plus lente et la plus humiliante des mutilations. Des Paloma il y’en a j’ai peur de découvrir combien au Maroc, et tu les as très bien décrits. Justement dernièrement j’ai pensé parler des Paloma après les brave hearts mais mon handicape fut que je n’avais pas aussi intimement côtoyé ces jeunes.
    Par contre, les petits frères de Paloma, c’est petites créatures victimes des instincts maladifs et vicieux de leur père, nous pouvons les sauver, non, nous devons les sauver, sinon nous serons aussi lâches que le monstre qui en abuse. Leur maman doit certainement être une pauvre ignorante qui a peur de se retrouver dans la rue avec seuls ses deux gosses et la honte comme patrimoine, elle a peur des moqueries, des paroles des voisinEs, des regards curieux et incriminant. C’est à cette maman qu’il faut expliquer que sa vie et celle de ses enfants ne peut être pire que ce qu’elle est avec ce malade, que leur avenir ne peut être qu’Echec et Délinquance, pour lui montrer un exemple ce n’est pas la peine d’aller chercher loin. Si elle refuse de collaborer, elle peut pourrir à côté de son Homme, mais pas les gosses.
    Les jeunes défoncés quant a eux, je les comprends ; quand on tue le rêve et l’espoir, quand la réalité devient trop amère, on n’a pas assez de courage pour commettre un suicide… c’est là quand on emprunte le chemin de la drogue, c’est une vie parallèle moins amère, un rêve, une mort lente. Ils savent le blabla que nous pourrons leur raconter, ils disent tous qu’eux ils ont le contrôle ! ce n’est pas des serments qu’ils ont besoin, ni de leur faire croire en l’espoir…seuls les faits peuvent les changer.
    Mon clavier kaytleb chre3 ! Je m’arrête ici.
    Je me permets quand même une citation qui me rappelle beaucoup notre société « qui vit d’espoir, meurt de désespoir ».
     

 

Très Touché

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  Poster par Mourad@Erasmus le 22/10/2006 à 23:50

    Je suis très touché du fait que vous ayez aimé le récit!

    @Steph, toujours aussi fidèle au blog, toujours aussi attentif, merci fréro

    @Nadia, je vois que tu as lu tout le récit comme promis et je te remercie pour avoir pris le temps de noter cette critique qui révèle tes qualités de lectrice avant tout.

    Tu t’es introduite au fond des problématiques visées, et je vois que les détails sur lesquels je me suis arrêtés, tu les a bien sentis.

    Le dernier épisode peut donner les larmes aux yeux, j’espère que tu le liras avec tant d’émotion et d’intelligence. Merci, et à bientôt!

 

 

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