L’oiseau sans abri et les quêtantes voix-suite-
Le temps s’arrêtait durant mes rencontres avec Amale. Nos câlins nous procuraient une chaleur sereine. On avait tous les deux enterré la solitude, et la plage déserte ne nous suggérait plus l’inquiet mysticisme de nager dans le néant. Je ne peux dire que mes idées étaient purement innocentes, que je ne pensais à embrasser chaque détail de son corps qui respirait la vie. Seulement, j’encourageais à l’excès une retenue contre tout plaisir qui ne serait partagé et qui aurait causé plus de mal que de bien. Ma valse-hésitation était peut-être due à une voix qui cherchait à me rendre indécis. Ma raison ne faisait pas bon ménage avec mon cœur. Tous mes sommeils paradoxaux commençaient par une voix qui clamait : « Ouvres les yeux ! Ouvres les yeux… ! ». Et quand je refusais de les ouvrir, elle faiblissait et cessait de m’avertir.
Ces voix ne réussirent guère à m’empêcher de m’aventurer dans un amour qui me soulevait de terre et que je tenais à renforcer. Mais le temps s’acharna contre moi et précipita son mouvement.
Amale m’appela un matin et, sans se retenir de pleurer, elle m’annonça la détention de son père. Elle se lamentait sur le sort qui fit d’elle une fille trompée par son entourage. Elle découvrit après la détention la vraie identité de son père qui fut accusé de posséder un laboratoire clandestin pour la fabrication de l’extasy, d’introduire et de faire circuler dans le pays la poudre blanche. Avec son ton larmoyant, elle me déclara qu’elle voulait tant me voir à ses côtés, mais qu’elle devait remettre en ordre ses idées en s’attendant au plus difficile. Elle me promit un appel et une rencontre.
Le matin d’après, les photos de son père emplissaient les unes des journaux. Il allait droit vers la condamnation. Je ne pus taire ma haine envers ce genre d’hommes. Pourtant, je pensais aux autres têtes qui devaient tomber. J’imaginais l’état dans lequel pouvait être Amale, en marchant vers Isla comme ayant la conviction de la retrouver là-bas. Et pour mon grand bonheur, elle y était. Dès qu’elle me vit, elle chercha mes bras et les prit comme refuge en me demandant de ne pas aborder le sujet de son père, lequel était,pour elle, désormais clos.
Amale resta quelques instants sans parler, puis s’éclata en rires surprenants. Elle m’assura qu’elle avait oublié tous les chagrins et que je n’avais pas à être triste pour une affaire qui ne la concernait plus puisqu’elle allait vivre comme avant et mieux encore. Elle ne voulut répondre au pourquoi ni au comment que je posai inquiet, comme je savais que tout ce qui leur appartenait fut mis sous garde. Avant de partir, elle m’invita à une soirée que sa clique, dit –elle, organisait spécialement en son honneur et durant laquelle je pouvais tout comprendre. C’était un bal travesti où je devais avoir la tête masquée.
Je refusai à plusieurs reprises d’assister aux fêtes qu’elle organisait avec sa bande en crainte de m’ennuyer. En fait, je craignais plutôt me retrouver dans un espace qui n’est pas le mien et avec des jeunes aux goûts loin de mon esprit. Cette nuit là, j’étais persuadé que ce bal allait passer autrement.
J’envoyai Paloma alors me chercher un bon masque qui me serait adéquat. Il était heureux pour moi et me faisait des remarques sur ce que je devais porter. Malgré qu’un problème l’alarmait. Il voulait quitter Elperro et rejoindre l’autre kharchacha pour l’aider dorénavant. Sauf que le premier n’allait pas rester muet en se voyant délaissé, surtout que Paloma lui devait une somme d’argent.
Je lui proposai de patienter et de réfléchir aux dangers qu’il risquait en se créant un ennemi. Il refusa de m’écouter et dit qu’il ne craignait personne. L’heure de partir était venue, je lui demandai de faire attention, pris mon masque et sortit en essayant tout au long du chemin de ne pas me faire du souci et de me préparer à passer une soirée charmante.
Le dernier épisode très prochainement.