Le Germoir des rêves fanés ( 4 ème épisode: Le cœur qui vole) : Publier le 30/08/2006 à 17:38 - 459 Lecteurs - 1 Votes (10/10)

 

 

                                                                Le cœur qui vole

   Paloma était devenu un ami de cœur. Nous flânions par les rues observant les figures qui reflètent l’endurance ou la joie de vivre ; essayant de lire dans les mœurs des gens ce qui décide de leurs choix, de leurs relations et de leurs idées, sources de toute victoire ou défaite. Je m’étais ouvert sur cette lecture vive en guise d’enrichir l’esprit adéquat pour les études que je poursuivais. Je me sentis alors habité par un vieil homme au sourire édenté, car sous le masque du bonheur qui frôlait de temps à autre ma vie, grimaçait un visage triste.

  Nous avions tous les deux ce désir de créer le tout à nouveau, et nous savions que cet acte n’était qu’une illusion. Mais, ce qui m’inquiétait le plus parmi tous les soucis, c’était Paloma. Jusqu’à quand pouvait-il se noyer dans l’extasy ?

-         J’évite d’y penser ! répondait-il en me demandant de ne plus aborder le sujet. Sa réplique sonnait faux et pourtant je ne trouvais de solution.

  Un matin, lorsqu’un brouillard s’était baissé tel un rideau annonçant la fin de l’été, j’étalai un petit tapis sur le sable mouillé de ma plage préférée « Isla », tout près de l’eau. Je tenais un roman que j’avais commencé à aborder de tous les côtés, après une lecture innocente. C’était « L’Assommoir » d’Emile ZOLA, et j’envisageais me pencher sur cette critique de la société par biais de tableaux naturalistes qui peignent la vie ouvrière, le sort héréditaire des ouvriers, « l’odeur » du peuple parisien.

    

 

 

    Ce qui retenait le plus mon intérêt, c’est que le récit présentait une littérature à coup de poing, il était un fragment de « L’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second empire ». Je m’étais rendu compte que les parisiens du dix-neuvième siècle vivaient comme vivent les gens de mon quartier au vingt-et-unième siècle. Je pensais à la figure que pouvait avoir « Lantier »¹ se réveillant le matin ayant une gueule de bois ; cette figure me suivait partout dans les ruelles, et je la rencontrais abondante à l’autobus misérable où je montais ! Je pensais à ces jeunes qui se battaient entre eux à mort pour un sachet de l’eau de vie, et qui «  rendaient tripes et boyaux » juste après, tel « Coupeau »¹ lors de son delirium tremens. Je pensais à cette « eau » qui passait du « casse-gueule » au « casse poitrine »  et finissait par devenir un « casse cerveau ».

 

   J’avais déposé le bouquin ayant l’atroce sentiment de vivre l’histoire des français avec un siècle et des poussières de retard. Une seule question m’enveloppait : quand est-ce qu’un écrivain oserait présenter avec franchise l’histoire des misérables de ce pays, la vraie « odeur » de son peuple ?

 

   Je tâchai de fuir ces idées que je voyais harcelantes quand soudain, je ne me sentis plus seul sur le sable d’Isla. Une voix implacable me le criait : « Tourne-toi et ouvre bien les yeux ! ». Le premier regard était innocent, je n’avais visé que son visage intéressant. Elle avait le menton en avant et admirait avec calme et noblesse là où le brouillard croisait la mer. Le moment où un vent brusque s’acharna contre l’espace et contre nous deux gênant ses cheveux soyeux, je ne sais pas pourquoi je voulais lui crier : laisse ce papillon qui m’incarne douleur et joie ! Laisse-le mouiller le sable sec ou sécher le sable mouillé ! Laisse-le dissiper ce brouillard qui s’élargit triomphant tout au long de mes sens !

 

Episode suivant »

 

 

  Coter :

 

 

  Commentaires :

Nouveau Commentaire   

  Aucun commentaire

 

^ Haut de la page ^

 
   

                Partenaires et Favoris :

 

Karim  Les chroniques de Oussama Benjelloun  Dictionnaire médical  

 
   

Visiteurs :

© 2006-2008. JIMaroc Tous Droits Réservés.

Powered by AYYOUB ONLINE