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Le désir ! Ce mot qui tient les fils de la vie humaine !quand il s’associe au vide et à l’existence insipide des uns, il les néantise. Je n’ose avancer si notre quartier est dans le néant. Mais, j’affirme que les gens sont violentés par la vie, cette misère qui les puise et les épuise ne fait pas que les priver, elle est intentionnellement agressive.
Les images de cet été là me reviennent. Quelques jeunes avaient passé des jours à réunir les papiers nécessaires pour compléter leur dossier de candidature. Une société arabe demandait des jeunes de toutes les régions du pays, elle comptait les engager pour accomplir plusieurs tâches à bord de ses bateaux de transport et de tourisme. « Psycha » était l’un d’eux. Il répétait avec joie qu’il renoncerait à tout ce qu’il gobait s’il réussissait à décrocher un poste.
C’était quelqu’un de gentil et de sage ; sauf qu’il devenait nuisible lorsqu’il se défonçait. Ses copains, dû à cette perturbation, lui avaient donné l’appellation de « Psycha ». Pour moi, il reste loin de ce surnom, il manifestait son indignation envers les pratiques des habitants, mais lui même, et il le savait, ne pouvait se contrôler devant une pilule toute minuscule source d’abréaction sans limites qui abonni la vie pendant les heures de dépression qu’il n’a que trop connues.
Ma relation avec Paloma se renforçait. Je partageai déjà ses secrets. Le souci qui l’embêtait le plus était le comportement de son père. Depuis qu’il a ouvert les yeux sur la vraie couleur de la vie, il le voyait ivre mort. Son délire continuait et atteignait des sommets dont Paloma se réserva de m’informer un bon temps. Je compris après que la cause de son abstinence fut plus délicate que je ne le pensais.
Depuis des années, il ne parlait pas à son père ni regardait son visage puisqu’il était, disait-il avec une voix qui devenait grave et tremblait : « Un phénomène déjà dans les oubliettes ». Le jour où il m’a confié ce sentiment, il s’était tourné, sombrement pour découvrir la vue depuis la fenêtre et fuir intelligemment mes yeux.
Moi, je plongeai dans des pensées répétées, déclenchées par le souvenir qui n’a su se rédimer d’un père qui ne m’a jamais tenu dans ses bras, qui ne m’inspirait que terreur, qu’un sentiment atroce d’insécurité, et dont l’ombre disparût, le jour d’un hiver glaçant sans souci du devoir envers un enfant qui découvrait à peine le monde.
L’appel de Paloma retint mes larmes, il avait un ton plus amusé qu’apitoyé :
-Viens voir ! Vite ! N’est ce pas Psycha qui est là en train de crier le couteau à la main ?!
-Oui ! C’est bien lui, répondis-je avec peine, il a encore avalé ces maudites pilules !Tu vois c’est comme ça que tu peux finir toi aussi si tu continues à te défoncer !
-Eh !dis au moraliste qui s’éveille en toi d’aller se faire foutre ! Moi je suis différent. Tout ce que je veux c’est faire le vide dans ma tête, et…et tu sais mieux qu’un autre combien j’en ai besoin.
Et puis moi je ne deviendrai jamais comme psycha !-C’est bon…c’est bon ! Arrête ton discours insensé et allons voir ce qui lui arrive !
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