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Rayons du soleil monotone qui se lève joyeux ! Vous êtes complices avec ce chagrin qui me possède, avec ces figures que j’aimais et qui s’évanouissent, mourantes, sur mon petit corps vidé et mou! Je vous défends d’introduire ce sourire de pitié à mon refuge que je veux éclatant de morosité ! Partez ! fuyez avant que l’histoire qui se recycle et ne cesse de me déchirer ne vous éteigne comme elle a enterré ma joie d’espérer !...trop tard…vous êtes déjà témoins de mes souffrances criardes,de ce festin inepte qui foisonne alors qu’il a commencé doux et rêveur.
Le quartier infect était là, large, fier et affreux, devant un jet d’ordures, séparé du cimetière par un petit mur. Le quartier sombre était là avec ses rêves et ses terreurs nocturnes, avec les cris de ses chiens errants et le silence de ses enfants en manque. Je m’étais habitué comme les autres à accepter cette destinée qui a tranché pour que je naisse au milieu des cris insensés, pour que j’assiste aux joies étouffées en train de se muer en rêves, les rêves en chimères, les chimères en misère et la misère en rêves. J’ai vu les jeunes voyager mille fois sans quitter les coins sombres, ils passaient le jour à chercher le cachet de l’extase qui peut leur ôter le mal de la nuit quand elle tombe. J’ai vu les hommes qui n’avaient la langue mauvaise et bien pendue que lorsqu’ils étaient soûls. J’ai vu les femmes qui tentaient le tout pour nourrir leurs familles. J’ai vu ce qui devait m’abattre, mais je n’ai pas laissé mon âme s’affaisser.
L’air morne du quartier excita mon intérêt pour des études en sociologie que je suivais assidu, en guise de comprendre et peut-être de semer quelques germes heureuses. La lueur qui m’envahissait habitait mon cœur tant que je caressais l’espérance. Paloma était mon voisin depuis quelques années …On s’échangeait rarement la parole, il paraissait timide et indécis. Il était timoré et ne pouvait s’éloigner du quartier qui lui donnait le sentiment de demeurer constant sans craindre de malaise.
Même si l’ennui rongeait tous les jeunes, surtout lorsque le soleil estival les capturait et asservissait leur énergie. Le vrai nom de paloma c’est Salim, mais on le surnomma ainsi suite à une longue histoire que certains copains s’amusent encore à raconter alors qu’elle est pour moi le souvenir attristant d’une belle âme.
Les jours du bac s’acheminaient vers un examen inepte. Quand j’ai crié « enfin ! » visant mon nom sur la liste, je me suis retourné, soulagé. Lui, il se tenait crispé. Ses yeux étaient baissés, voilés d’une douleur diffuse et sourde, en deuil de ce qui est passé et tout ce qui passerait :
-Tu te rattraperas facilement l’année prochaine, ne t’en fais pas. Dis-je pour le consoler.
-Je ne crois pas. Répliqua-t-il d’un air sceptique.
-Demain est toujours ambigu pour nous tous…
-On ne sait jamais si la vie se fera belle ou pas…Il faut continuer à croire…
-En quoi ? -En soi ! Il baissa encore ses yeux. J’enchaînai :
-Ce que je dis ne te plaît pas ? -…Non…non, ce n’est du tout le moment de discuter des idées…
-Ah… ! Je comprends.
-Reste ! Où vas-tu ?
-Nulle part, je n’ai pas de lieu précis, parfois j’éprouve ce désir de ne rien programmer et de circuler au hasard. Salut donc…
-Puis-je t’accompagner ?
-…Enfin…oui…bien sûr !
Notre courte promenade pédestre nous emmena au bord de la mer. Ce coin là était distingué, peu de personnes le fréquentaient. Je l’avais nommé «isla ». Nous avions eu une conversation richissime, même si le contraste s’en manifestait. J’ai senti chez lui un esprit penseur un peu trop dosé de spleen qui le rendait souffreteux. Je me souviens qu’il parlait ingénieusement de l’amour. Il conclut après une longue réflexion qu’il était pour l’amour dans ses dimensions illimitées car le cœur d’un homme, expliqua-t-il, pouvait aimer différentes personnes. Mais qui aimer au juste? L’amour devient parfois insensé surtout lorsqu’il est enveloppé par le désir.
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