Fibres et Ficelles (Épisode 2 : les contours du bonheur.) : Publier le 26/07/2007 à 7:45 - 1926 Lecteurs - 5 Votes (9.2/10)

 

 

Elle avait choisit une heure avancée de la nuit pour fuir, elle y avait amplement réfléchit depuis pas mal de temps déjà. Ce fut la sage décision qu’elle trouvait, la seule issue, l’unique porte de secours qui va l’aspirer du clavaire qu’elle vivait avec Lui… 

Depuis le jour de son mariage, on avait décidé de son sort. Ou plutôt on avait décidé de toute sa destinée depuis sa naissance, on l’avait fait sortir de l’école à un âge avancé, on avait décidé qu’il valait mieux pour elle rester à la maison et aider dans les tâches ménagères…

Encore une fois, on avait choisit un mari plus âgé qu’elle, alors qu’elle n’était qu’une fille en pleine floraison …

Soumise au sein de la maison parentale, elle sortit directement pour éprouver un autre genre de soumission face à son mari.   

Elle vivait toujours en révolte contre ces principes archaïques, ses parents avaient commis l’erreur fatale de la laisser s’épanouir en ses heures de repos dans les collines et les champs du village, effleurant de goûts interdits. Leur protégée s’aventurait dans des lieux interdits, découvrant au fur et à mesure des sentiments qu’on ne devait pas hasarder déjà à son âge … 

Yasmine connaissait un garçon du village, un jeune garçon comme elle, ils frôlaient tout les deux premières marches de la vie mature, la vie où plaisirs et endurance prennent le dessous, une vie où souffrance épicée par amour donnent un onctueux breuvage. Mais on avait décidé brusquement de leurs sorts, on avait décrété la fin de leurs histoires aussitôt qu’elle eut commencé… 

Yasmine rejoignit le nid conjugal dans l’espoir d’y retrouver les sensations qui faisaient vibrer son cœur avec son premier garçon, Jamal. Elle se consolait en se disant que sa mère et la plupart des filles de son village avaient éprouvé la même confusion au début de leurs mariages. 

Mais Non, Non ! Elle ne voulait pas terminer comme sa mère, une vieille obéissante au doigt et à l’œil de son père. Elle ne désirait vivre le même supplice et calvaire qu’elle entendait sur les couples du village, car les rumeurs courent très vite. Elle n’était pas prête à vendre son esprit zen face à l’aisance conjugale…Yasmine était consciente de l’enjeu qu’elle s’apprêtait à prendre, mais se consolait en se disant qu’il en valait la peine. 

Le jour de son mariage, elle s’est retrouvée tailladée entre plusieurs sensations surtout la peur de l’avenir, mais à force de sourire aux invités qui la félicitaient tout au long de la soirée, elle avait tout de suite oublié la peur qui la tourmentait. Emportée par les festivités qu’elle vivait, elle eut un rude passage à blanc, elle ferma aussitôt les yeux pour mieux éclaircir cette sensation. Elle eut la vision d’un corbeau, volant au-dessus des champs, son plumage mouillé, chatoyant tout son corps hérissé, refoulé dans le vol. C’était comme si elle voulait atteindre l’oiseau. Sans effort de hardiesse, elle pénétra dans le corbeau, devint instantanément elle, les ailes étalées. Mais l’oiseau était toujours là, l’acceptant, se consentant au jeu. L’oiseau la reconnaissait maintenant, il l’emmenait, la guidait vers la colline où elle rencontrait Jamal auparavant…

Elle effaça rapidement cette vision impétueuse pour revenir à la réalité : sa fête de mariage. Son point de départ vers un changement nourri de volonté. 

Au milieu de la fête, on la guida vers la chambre des mariés afin de retrouver son élu. Elle trouvât toutes les femmes du village l’attendant dans une sorte de couloir qui la mènera vers la chambre conjugale, s’apprêtant à la déshabiller. Choquée par ce spectacle douloureux, elle se débattait en pleurant, les suppliant de la laisser à l’aise, elle ne voulait pas qu’on exerce sur elle ce que d’autres filles de son âge avaient accepté silencieusement. Ce n’était nullement son désir, et difficilement elle réussit à s’enfuir sans qu’on la touche, en se réfugiant dans la chambre. Essoufflée telle une gazelle fuyant une menace ardente, elle n’était pas consciente du mal qui l’attendait dans cette chambre. Soudain elle avait pris conscience du regard qui la scrutait du haut en bas, elle se retourna brusquement pour retrouver le corps d’un homme, âgé, gros, au regard rude, au sourire malicieux qui exprimait la gloire. Elle avait compris que c’était celui qu’on avait choisi pour Mari, qu’il était le fameux Mouha. Dans une tentative d’entamer un dialogue futile avec lui afin de calmer son cœur en chamade, elle se surprit de la bestialité des scènes qui se succédèrent, tout le lourd corps s’est jeté sur elle en essayant de l’emmener au lit. Les femmes tapaient à la porte en criant, en chantant, réclamant la preuve de cette première fusion, la preuve de virilité de l’homme, et la preuve d’honneur de la fille. Elle fuyait ce corps affamé tel un loup cherchant sa proie faible et facile. Après maintes tentatives de fuite, il a fini par l’attraper de force pour la déshabiller difficilement afin de commencer sa quête de jouissance. Elle avait fermé les yeux pour ne plus voir ce qui se déroulait autour d’elle, elle maudissait sa faiblesse de plus en plus, cette impuissance qui l’avait trahie en la rendant une proie facile devant ce lion enragé. Tout ce qui suivait l’engourdit encore plus dans son dégoût, sa répugnance et son écoeurement.  

Il ne cherchait que son propre plaisir, alors qu’elle avait envie de découvrir cette même jouissance qui emportait cet être devant elle, elle voulait vivement goûter cette satisfaction, et ce qu’on appelait le plaisir de chair, ce qu’on nommait l’extase, ce qu’elle avait interdit à Jamal pour le réserver à l’élu. Alors qu’elle dormait sur sa faim, elle ferma l’œil afin de montrer sa déception envers Mouha, elle s’embobinait dans son coin pour chasser les maudits diables qui cherchaient à la démoraliser…

Son premier souvenir de la première nuit l’avait blasée, elle avait l’espoir d’un premier contact fécond, mais malheureusement la bassesse de son comportement l’avait repoussée, refoulée. 

Les jours se succédaient dans une hésitation terrifiante, une lenteur massacrante. Alors qu’elle vivait dans l’espoir d’un jour meilleur, elle se heurtait jour après jour à la terrible réalité qu’elle vivait en couple. Elle avait cru un jour qu’elle vivra le bonheur une fois mariée, tel ses héros de films mexicains qu’elle avait l’habitude de voir chaque jour, dont elle ne ratait aucun épisode. Elle savait qu’elle ne s’était pas mariée par amour, mais elle vivait dans l’espoir, un espoir de le retrouver un jour dans ce foyer avec Lui… 

Oui, l’Espoir, un mot qu’elle répétait le long de la journée depuis le début de son mariage. On voyait sa confusion, sa mère en essayant de la calmer, lui a avoué qu’elle avait vécu la même chose avec son père au début, mais elle avait fini par s’y habituer au fils du temps et surtout à se taire et tout accepter de son père, car les femmes sont faites ainsi, de peur et de pudeur. En croyant la consoler ainsi, elle n’avait fait qu’enflammer davantage sa plaie, car il n’était pas question pour elle de se laisser aller, et d’accepter tout en se taisant comme toute les autres. Yasmine croyait toujours en sa différence, elle savait qu’elle changera plein de choses, et pour atteindre son but, elle devait être très patiente, chose qu’elle n’a pas réussi jusqu’à maintenant à faire.  

Les jours se suivaient, et son dégoût envers son mari grandissait de plus en plus. Elle avait accepté le fait de mettre le voile, dans un moment de lutte intérieure afin de gagner un amour en perspective, en provenance de son mari. Mais hélas, Il ne montrait aucune affection, il ne l’a touchait pratiquement pas, sauf dans les rares cas où il rentrait à la maison accompagné de sa bouteille. Il revenait toujours ivre, il préférait la compagnie des filles de plaisirs à la douceur de sa femme, c’est pour cette raison qu’il ne rentrait pas souvent. Elle avait compris que son mariage virait vers le déclin, qu’il n’était condamné qu’à l’anéantissement depuis le début. Que ses maintes tentatives pour le récupérer et le rapprocher delle, ne faisaient que le repousser encore plus loin. Comme si on leur avait jeté un sort le jour de leur mariage.

Elle ne connaissait pas l’odeur de son mari, elle ne connaissait que l’odeur de l’alcool qui puait de sa bouche quand il la violait en rentrant. Ils ne faisaient jamais l’amour, elle ne connaissait pas la signification de cette expression, la sensation de cet acte, car en voulant arracher une jouissance de force d’une fillette dans le printemps de l’âge, on ne fait que la violer.  

Yasmine savait que ce qu’elle vivait allait le vivre toute sa vie tant qu’elle restait à ses côtés, et il n’était pas question pour elle d’accepter cette situation. En ses moments de colère, elle voulait le tuer. Elle s’est retournée vers lui, elle n’avait vu qu’un tas de chair puante, ronflant tel un ogre, en le voyant ainsi sans défense, l’envie augmentait encore plus en elle. Mais elle s’est rappelée d’un coup qu’il ne méritait pas la peine de salir ses mains avec son sang. Elle avait une autre idée en tête, pour réaliser son fantasme et calmer sa colère. 

Pour la première fois dans sa vie conjugale, Yasmine dormit le sourire aux lèvres. Elle venait de trouver une résolution à son calvaire. Elle s’était endormie dans l’espoir de retrouver bientôt le matin. 

(Il y’a des moments où nos vues se brouillent, où tout ce qui était clair s’assombrit, brusquement, comme si un soleil qui illuminait notre chemin s’eut éclipsé, cédant la place à un nuage ténébreux qui porte le mystère et emporte la sérénité. On se sent bizarrement ensorcelés, pénétrés par un bruit sourd, résidés par une envie monstrueuse qui nous dévore. On se retrouve ni loin ni près du réel, entre le bien et le mal dont on souffre et qui nous fait signe de sa victoire si proche, si amère et si destructive. La force mystérieuse devient familière et nous pousse, d’un seul coup au péché.) 
 

Les premières lumières du jour se manifestaient déjà en lui effleurant le visage, en lui chatouillant la joue, une brise tout fraîche la réveilla plutôt que d’habitude. Elle se réveille le sourire aux lèvres, le même sourire qu’elle avait eu la nuit avant de s’endormir, elle l’avait gardé rêvant de ce moment tant attendu.  

Elle aurait voulu rester encore plus à admirer ce spectacle, mais elle s’est rappelée qu’elle n’avait plus de temps, elle devait se préparer pour concrétiser ce qu’elle avait cogité la veille. Ce qu’elle préludait n’était pas facile à faire car en voulant agir ainsi, elle allait briser mille et un principe du village, elle allait condamner sa vie être vouée à la malédiction éternelle de ce village.  

Elle avait besoin de toute sa détermination pour accomplir son plan. Tuer ses chiens rien que pour passer un message, tuer ses chiens pour lui montrer qu’elle voulait tant qu’il souffre comme eux avant de crever. En les empoisonnant ainsi, elle voyait en eux les douleurs de leurs maître, en les empoisonnant, elle ressentait la satisfaction d’une sadique longtemps endormie en elle. Yasmine les a enfin abattus et elle s’est enfuie. 

Fuir, était sa seule issue surtout qu’elle n’avait pas d’allié parmi son entourage, sachant que ses parents ne veulent rien savoir de son calvaire, qu’ils veulent qu’elle s’y habitue car telle est la destinée d’une fille : pourrir sous le toit du nid conjugal sans protester…

Partir loin d’eux, fuir loin de Lui, déguerpir son passé attristant, s’évader loin de sa faiblesse pour construire une nouvelle vie ailleurs. Yasmine avait trouvé en cette Fugue un remède pour toutes ses plaies, soignant ainsi tout son mal d’être et ajustant sa mésaventure, abandonnant ainsi toute la soumission qu’elle avait éprouvé face aux autres sous prétexte qu’elle est Fille.  

Ainsi elle s’offre une nouvelle perspective de vie loin de tout attache, retiré de tout passé, éloigné de l’ancienne Yasmine la faible, la chétive…  
 

Seule au milieu d’une grande ville Yasmine n’a guère eu le sentiment de perdition, car elle se sentait enfin décontractée, libérée de tout ces principes et ces personnes qui l’étouffaient sans lui laisser le droit de protester. Tout cela n’était qu’un mauvais souvenir pour elle, car désormais elle s’ouvre vers une nouvelle vie où elle sera l’unique maître.  

Yasmine ne s’attend pas à une vie en rose, elle est consciente de la galère qui s’offre à elle en perspective pour différentes raisons, mais cela ne la terrifie guère car la fillette sait qu’elle est capable d’affronter tous les obstacles en perspective… 

Les premières heures de cette nouvelle journée ne manifestent aucune perturbation, l’air est d’une fraîcheur impressionnante malgré la pollution de la ville. Elle avance sans trop y penser, elle n’a pas d’idée fixe, mais n’empêche que la volonté l’encourage à aller de l’avant

Avec une telle beauté, elle ne passe pas inaperçue, tout le monde la drague sur son passage, elle aime cela car elle sait qu’elle garde encore son éclat féerique et sauvage. 

D’un hasard bouleversant elle posa son sac dans un café pour prendre son souffle, le gérant du café remarqua sa conduite hésitante, il avança vers elle pour lui offrir son aide, Yasmine n’hésita pas deux fois pour lui demander s’il y avait un poste vacant dans ce café si bien décoré, le gérant jeta un coup d’œil de haut jusqu’en bas sur elle, après une réflexion douteuse, il accepta de l’embaucher, peut être bien grâce à sa beauté captivante. Elle s’occupera désormais du service de la clientèle. 

Avec beaucoup de joie, elle reçoit cette nouvelle à cœur ouvert, les yeux pétillant de plus en plus, car la chance dorénavant est de son côté, et les choses commencent a bien se présenter pour elle afin de retrouver peut être sa voie. 

Yasmine affronte alors avec plus de courage son nouveau destin, elle est heureuse et épanouie dans ce modeste travail, malgré l’harcèlement désagréable des clients de temps à autre qui ne se privent pas d’admirer sa beauté, elle ne fait que positiver le négatif, et s’ils la draguent c’est uniquement à cause de sa beauté, et on ne peut être taciturne devant un éclat selon elle. 

Deux semaines passèrent très vite, et Yasmine est sûre plus qu’avant de son choix, elle est déterminée à avancer vers l’avant tout en oubliant sa mésaventure au village, tout en esquivant les pensées qui ne lui rappellent que tristesse et injustice.  

Soudainement, elle sombre dans l’ancienne vision du corbeau qu’elle avait eu le jour de son mariage, en voulant cacher son désarrois et sa perturbation elle se précipite vers la porte pour respirer l’air, c’est à ce moment là qu’elle heurte un corps, en voulant s’excuser de sa hâte, elle jeta un coup d’œil sur la personne et c’est là qu’elle eu son plus grand choc, jamais elle n’aurait cru le voir.  

Jamal était devant elle en chair et en os, ne croyant plus ses yeux elle s’assoie afin de réunir toute sa force. Yasmine tarde trop longtemps à réaliser ce qui se déroule autour d’elle, mais elle se reprend quand même. Elle l’invite à s’asseoir à une table à coté, le voyant troublé aussi, elle essaye de cacher son émoi pour parler correctement avec lui. 

Elle contemple le ciel, elle flaire le beau temps en portant la vie délicatement. Ses contrariétés et ses prémonitions s’atrophient dans les nuages de l’espérance. Son cœur, depuis longtemps opprimé, tyrannisé par la confusion bat de joie et de bonheur. C’est ainsi qu’elle commence à réaliser que tout ceci est bien réel.   

   -     Yasmine !? Est-ce bien toi ?

   -     (…)

    -     Mais depuis quand tu es ici ? D’après ce que je sais, tout le monde te cherche au village, qu’est ce qui t’est arrivée ?

    -     Ecoutes Jamal, là je travaille, je ne peux te dire ce qui s’est réellement passé mais je termine dans une heure, on se retrouve juste après si tu veux ?

    -     Tu travailles ici ? Comment ?! Ok, Ok, je t’attendrai ici jusqu’à ce que tu termines ton service et on en reparlera. 

Elle quitte la table sous l’œil scrutant du gérant du café, elle l’évita pendant son service afin de ne pas s’expliquer. Mais Yasmine baignait toujours dans l’euphorie de cette retrouvaille, elle craignait qu’une si heureuse disposition ne pût durer, mais l’idée même qu’il était là rien que pour quelques heures, donnait à cette fièvre de ravissement plus de dynamisme et d’ardeur. 

Yasmine compte ses minutes et ses secondes qui semblaient être une éternité. Une fois son service terminé, elle jeta l’uniforme afin de retrouver son Jamal. Ils sortirent ensemble du café afin de parler tranquillement. Yasmine resta pour un moment silencieuse, elle admirait ce qui l’entourait, toujours discrète, Jamal choisit de parler le premier : 

  • alors c’est quoi cette histoire de café ?
  • Jamal, tu sais que ça fait longtemps qu’on a pas parlé, plein d’événements se sont produits depuis cette séparation, je ne voulais point en arriver là, mais c’est ainsi et j’y peux rien.
  • Je comprends, mais pourquoi tant d’énigme qui t’entoure, pourquoi tu te fais entouré de  brouillard, tu sais que tu peux tout me dire. On parlait avant de tout ce qui nous tracassait n’est ce pas ?
  • je ne m’amuse pas à me faire entourer d’énigme, c’est juste que je ne trouve nullement les mots pour exprimer mon mal d’être. J’ai encore besoin de temps pour m’habituer à cette nouvelle situation.
  • Tu m’as toujours manqué, tu sais !
  • (…)
  • Désolé, parfois je suis stupide quand je ne parle qu’avec mon cœur. Oublies et avançons un peu. Nos marches me manquent tellement, tu te rappelles de nos balades dans la vallée…
 

Yasmine marche silencieusement tout en écoutant Jamal raconter ses histoires qui l’ enthousiasmait avant. Elle les trouve toujours passionnantes sauf qu’aujourd’hui, dans l’état où elle se trouve, les pensées l’envahissent tout en la perturbant, tel des fumées noirs étouffant l’éclat du jour. Elle n’écoutait plus ce qu’il disait, elle ne pensait qu’a ce qu’elle allait lui dire, essayant de tisser les fils de l’histoire pour ne laisser aucun ombre de critique, aucun fissure de jugement. Elle cherche désespéramment à trouver les bonnes formules pour approcher le sujet, mais en vain. Elle se décide enfin à parler comme au bon vieux temps, elle décide enfin de laisser sa parole prendre le large sans limite ni peur. 

  • Tu sais Jamal, depuis mon mariage je n’ai jamais eu une pensée heureuse. Je voulais tant croire en l’espoir d’une union heureuse, mais en vain, tous mes efforts tombèrent à l’eau à chaque tentative. J’apprenais jour après jour que mon mariage vire vers un trou où il n’y a pas de limite, vire vers la déchéance. Je vivais au centre du cyclone, mon cœur ne connaissait point de repos. Ce que j’avais fais, est venu après une réflexion approfondie. Crois-moi !
  • (…) Tu sais Yasmine, je n’ai jamais compris tes réactions, je ne comprenais point la raison de l’être rebelle qui s’est emparée de ton âme. Tes réflexions étaient toujours pertinentes alors que tu avais quitté l’école trop tôt. On ne dirait jamais de toi une inculte, et c’est je crois la raison de ta platitude et ton chagrin. Tu trouves que tu n’as pas de place entre ces têtes durs et docile qui t’entourent.
  • Tu sais, je voulais tant être comme eux, accepter et obéir silencieusement sans protester, j’ai essayé pleinement de le faire, mais malheureusement j’échoue à chaque tentative. Je ne suis pas faite comme eux, je suis condamnée à souffrir toute ma vie…
  • N’y penses plus, je suis maintenant avec toi. Tu sais que t’auras toujours mon appui quoique tu fasses, car je n’ai jamais cassé de t’aimer. (…)
  • (…) Je m’en voulais tellement, je m’en veux toujours de t’avoir laissée sans tenir à notre sentiment…
  • Ce n’était qu’une étape à surmonter afin de mûrir. Quand tu m’avais dis que tu te marierais, j’étais trop rembruni, je n’ai trouvé que mes livres pour y éteindre mon chagrin. J’ai étudié comme un fou pendant tout ce temps pour essayer de chasser ton image de mon esprit, mais en vain. Je te voyais en chaque ligne, en chaque coin, en chaque chapitre du livre. Tes yeux se dessinaient comme par magie à travers les lettres du manuel, j’hallucinais, je perdais foi et âme à chaque pensée fougueuse… J’ai trop souffert mon Amour…
 

(Et les larmes prennent place sur le trône d’amour, ils jaillissent d’interminable ruissellement, coulent d’énorme giclée, jaillissent telle une cascade ornée d’inépuisable dédale. Sanglotes, pleures petite fille, dégages ton mal de cet être noircit par tant de tristesse et de rancune. Laisses place à cette fumée rosâtre qui s’emparera petit à petit de cet univers embellit par ta présence. Chantes tes mélodies préférées telle une prodigieuse mélomane, laisses ta jubilation émerger du fond des ténèbres et régner sur cet univers.) 

Yasmine le regarde pour la première fois sans crainte ni prémonition, elle découvre son âme sensible. Elle perçoit un autre air plus mûr, plus sage et surtout plus amoureux. Sa surprenante lucidité la charme et la fait entrer dans un tourbillon de sentiments. Elle ne pense pas deux fois, et se jette dans ses bras en quête de la Sécurité tant cherchée. Une montée de chaleur envahit les deux corps enlacés, elle récupère la douceur de cet Homme. Elle reste agrippée à son corps un long moment déjà pour s’apercevoir après qu’elle avait exagéré. Et sans un mot, elle prend sa main et l’invite à continuer le chemin. 
 

Nada BELMEHDI www.transpuz.com

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