Fibres et Ficelles (Épisode 1: Les maux des péchés) : Publier le 24/03/2007 à 7:57 - 724 Lecteurs - 4 Votes (8/10)

 

 

 Il y’a des moments où nos vues se brouillent, où tout ce qui était clair s’assombrit, brusquement, comme si un soleil qui illuminait notre chemin s’eut éclipsé, cédant la place à un nuage ténébreux qui porte le mystère et emporte la sérénité. On se sent bizarrement ensorcelés, pénétrés par un bruit sourd, résidés par une envie monstrueuse qui nous dévore. On se retrouve ni loin ni près du réel, entre le bien et le mal dont on souffre et qui nous fait signe de sa victoire si proche, si amère et si destructive. La force mystérieuse devient familière et nous pousse, d’un seul coup au péché.

 Des péchés, des mots puis des maux…tout se succède, s’abat sur nos âmes comme si s’était une vengeance spirituelle. On se sent abîmés, on demande la paix, on implore la pitié, on plaide coupable…mais aucun juge n’accepte de nous condamner. Il n’y a que les maux qui nous répliquent.

 Ils sont tous les deux à l’intérieur du taxi, lors de cette matinée estivale où il fait 40º. Elhaj et son fils moha ont traîné tout au long du trajet qui sépare leur village du douar voisin, une inquiétude immense qui s’est emparée de leurs esprits et qui tisse des scénarios indésirables.

 Yasmine, la jeune femme de moha, était partie le même jour, à l’aube, comme pour mettre fin à son endurance et aux fantaisies d’un mari écervelé qui a voulu semer la terreur dans les coins de leur petite demeure. Elhaj croit pouvoir apaiser les soucis et faire rejaillir quelques éclats heureux de ce mariage qui s’est vertigineusement détérioré alors qu’il venait de commencer.

 La jeune mariée reproche à son mari d’être trop macho. Dès le lendemain de leur nuit de noces, il l’avait obligée à mettre le voile ; à se draper de la tête aux pieds ne voulant partager sa beauté avec personne ! Elle qui s’élançait dans les collines vastes, les seins libres sous sa chemise, devient cachée comme une bombe meurtrière en prétention de jalousie ! Non ! Non ! Elle n’a jamais accepté de vivre dans l’ombre de quelqu’un, ni même de son époux. Il n’était pas question pour elle de s’incliner devant une telle idée, arbitraire et injuste. Elle est sa femme, certes, mais elle ne lui appartient pas comme les vaches, comme les brebis dans son étable !

 Elle a osé dire non ! Elle a manqué de respect au mâle de la maison ! Elle a franchi le seuil de la désobéissance ! Quelle impudeur ! Mais quelle impudeur !
 
 Dès lors, Moha, l’orgueil aiguisé, se décide : cette femme mérite bien une correction !
Ainsi fait, chaque nuit, il rentre sale et soûl , il la tire des cheveux, arrache son prétendu droit d’époux, comme un taureau…en quelques minutes, sans goût, sans passion, ma-chi-na-le-ment… Il s’allonge après sur son dos, dort et ronfle, comme un chien, la laissant brûlante, mourante, dégoûtée, ayant la nausée et le feu indomptable de se venger.
Elle était devenue d’une pâleur effrayante, Yasmine, ce corps étincelant avant le mariage n’est plus qu’une masse de chair maigre et sèche. Elle se consumait à chaque étreinte, sa jeunesse fut sucée et sa beauté.

 Et ce fumier sans scrupules, l’ayant déjà abîmée, la quitte du matin au soir et va soulager ses pulsions dans les bras des filles de joie qui mangent sa fortune. Tous les matins, l’amertume dans la bouche, une voix le pénètre et lui rappelle ses péchés.

 Des péchés, des mots puis des maux…tout se succède, s’abat sur son âme comme si s’était une vengeance spirituelle. Il se sent abîmé, Il demande la paix, il implore la pitié, il plaide coupable… mais aucun juge n’accepte de le condamner. Il n’y a que les maux qui lui répliquent.

 L’ennui c’est qu’il continue dans cette voie dérisoire uniquement pour ne pas reconnaître ses erreurs, pour ne pas demander un simple pardon, libérateur et sauveur !

 Un jour, Yasmine, lasse et furieuse, se décide : cet homme mérite bien une correction ! Elle prend alors du poison pour les rats et en met dans la nourriture des chiens qui gardaient la maison et l’étable. Quand elle les voyait mourir, c’est lui qu’elle imaginait souffrant, abattu. Elle fait ses valises et quitte la maison qui devient dépeuplée de toutes les couleurs vitales, de toutes les lumières authentiques, vide…sinon de l’écho des clameurs ferventes qui transperçait le cœur de la femme.

 Moha, devant cette scène révélant le courage et la force de la vengeance, fut accablé, elle aurait bien pu mettre du poison dans sa nourriture à lui, mais non ! Non ! Elle a toujours opté pour la raison, elle a toujours chassé les idées folles, elle a toujours su se contrôler ! Son châtiment aurait pu être plus démoniaque car on peut s’attendre à tout d’une femme blessée torturée, dont on a sucé la sève et la joie.

 Moha se lamente, des sensations dévorantes le possèdent, il est perdu. Il demande l’aide de son père pour récupérer sa femme.

 Et les voilà alors, à l’intérieur du taxi, dans cette matinée estivale où il fait 40°. La chaleur se joint à l’angoisse, aux mots brûlants, aux flux des questions incessantes : voudrait-elle retourner au nid ? Voudrait-elle oublier ses cauchemars vécus ?

 Son petit frère qui passe à côté du véhicule assure ne pas l’avoir vue. A-t-elle un autre refuge que le toit de sa famille ? Yasmine n’allait pas emprunter ce chemin sinueux, sachant que son père, à l’esprit ancien et timoré, l’obligerait à rester chez elle, à patienter, à accepter son homme tel qu’il est ! Car la femme est un mammifère faible et sans issue, si elle quitte le harem, elle est perdue !

 Yasmine, fougueuse, s’est déjà tracée soigneusement l’itinéraire.

 Moha, lui, ne sait plus quoi faire. Il essuie l’averse des reproches de Elhaj qui le traite d’incapable et de fou ! Il regrette ces moments d’égarement, de brouilles… car il y’a des moments où nos vues se brouillent, certainement… mais, l’on doit dès les premiers petits péchés, songer à faire le déluge des diables qui vivent en nous. Le péché n’est pas absurde, on le trouve facilement, il nous retient et, victorieux quand il nous lâche, on souffre des regrets, des remords, des mots que nous soufflent nos voix intérieurs…Tout se succède s’abat sur nos âmes comme si c’était une vengeance spirituelle. On se sent abîmés, on demande la paix, on implore la pitié, on plaide coupable… mais aucun juge n’accepte de nous condamner. Il n’y a que les maux qui nous répliquent, et les maux n’emportent pas les mots, les maux n’emportent pas les péchés.

Mourad ABOUSSI

aboussimourad@hotmail.com

Episode suivant »

 

 

  Coter :

 

 

  Commentaires :

Nouveau Commentaire   

  Aucun commentaire

 

^ Haut de la page ^

 
   

                Partenaires et Favoris :

 

Karim  Les chroniques de Oussama Benjelloun  Dictionnaire médical  

 
   

Visiteurs :

© 2006-2008. JIMaroc Tous Droits Réservés.

Powered by AYYOUB ONLINE