|
Pensons au SIDA avant qu’il ne pense à nous !
Propagation, tournant, augmentation rapide, nombreux et tous exacerbés sont les termes utilisés pour tirer la sonnette d’alarme quant au changement de la situation épidémiologique du VIH/SIDA au Maroc et surtout dans la région SMD. Une chose est sûre : malgré les campagnes de prévention, les efforts du ministère de la santé, des différents départements ministériels et des ONG, le SIDA ne régresse pas ! Des vérités s’imposent.
On dirait que la vie sexuelle des marocains ne change jamais, même sensibilisés, ils continuent à avoir des comportements à risque, soit des rapports non protégés avec plusieurs partenaires.
L’évolution vertigineuse de la maladie dans notre région peut-être justement expliquée par la floraison du marché du sexe. Car il faut aujourd’hui trancher en répondant à la question : « Le sida est-il importé ou produit localement ? ». Considérer le « tourisme sexuel » une cause capitale serait une manière de se leurrer. « Les européens viennent menus de leurs préservatifs », les clients fidèles des professionnel(lle)s du sexe sont bel et bien des marocains. Trois choses à souligner dans ce sens :
- Il y a la réalité socio-économique de la région, notamment le travail saisonnier dans les usines qui catalyse des flux migratoires de différentes parties du royaumes, des villes comme des campagnes. La difficulté et l’instabilité vécues par ces célibataires, ouvriers et ouvrières, les poussent à « entretenir et alimenter le marché local de la prostitution ».
- La fidélité aux conjoints est également remise en question. Parfois même sans aucun conflit conjugal, quelques uns prennent l’habitude de « se soulager ailleurs » quitte à changer de partenaire, à pratiquer un droit légitimé par les mœurs et en l’absence duquel il y aurait une atteinte grave à la dignité et au statut mythique d’« HOMME » !
- Parler de prostitution n’est pas une manière de condamner les travailleuses du sexe, car il faut d’abord les écouter et connaître leur version des faits. Les préservatifs ? Elles les connaissent, mais les utilisent-elles ? Elles le veulent bien, mais comment faire devant le refus des clients ? Comment faire devant ce désire pressant du contact direct de la chaire ? L’homme marocain n’aime pas les préservatifs ! Ne sait-il pas ce qu’il risque ? Il est même prêt à payer plus cher pour un rapport non protégé. Que faire alors devant la tentation de l’argent ?

Et si des actions de prévention de proximité ont visé « les populations les plus vulnérables », notamment les travailleuses du sexe, qu’en est-il des autres professionnels du sexe qui s’insèrent dans le cadre de l’homosexualité et de la pédophilie ?
Même avec les vastes campagnes de prévention, beaucoup ignorent encore la maladie. Certains croient que seule la voie hétérosexuelle peut transmettre le VIH, qu’ils ne risquent rien en cas de sodomie ! Soyons clairs : toutes les relations sexuelles avec pénétration et non protégés avec un préservatif correctement mis en place sur le pénis, sont susceptibles de transmettre le virus.
C’est malheureux ! Les tabous liés aux traditions ou à la mauvaise interprétation de la religion continuent encore à ensevelir des vérités, la fameuse « Hchouma » est notre ennemi, notre mal le plus fou ! Il faut désormais faire signe de maturité, ce mal nous agresse, agressons-le afin de l’éradiquer par un geste simple : briser le silence et ne rien cacher surtout aux jeunes. Car devant cette hypersexualisation des adolescents à laquelle nous assistons, beaucoup sont tentés par l’expérience, mais peu savent comment se protéger.
Protégez-vous mes amis, gardez toujours un préservatif dans la poche, on ne sais jamais quand est-ce que le désire se déclenche, parfois les relations sexuelles ne sont pas prévues, calculées ou préméditées, et c’est là où le mal peut arriver !
Une chose qui me tient à cœur, c’est la remise en question de notre sens de tolérance vis-à-vis des personnes atteintes. Ce sont des malades comme tous les autres ! Pourquoi on cherche toujours à juger, à condamner ? Le malade n’est pas un coupable, c’est une victime ! Quel mal as-t-il fait pour qu’il soit si détesté, méprisé et marginalisé ? « Qui ne s’est jamais trompé dans sa vie » ? « Qui n’a jamais oublié dans sa vie » ? Qui n’a jamais péché ? Et si le virus l’avait investi par manque de prudence ou par erreur médicale ? Et les orphelins du SIDA, ont-ils choisi leur sort ? Il faut ôter ce regard haineux pour tendre la main aux malades, pour témoigner d’amour et de compassion envers eux, car ils ont besoin de notre aide volontaire et engagée afin de briser ce silence qui cache leurs vies, leur vide, leurs cris étouffés !
Rappelons enfin qu’une éducation sexuelle peut jouer un rôle continuel de prévention, ne serait-ce que pour expliquer cette différence capitale entre faire le sexe et faire l’amour.
Pensons alors au SIDA avant qu’il ne pense à nous !
Mourad ABOUSSI
|