Élections 2007: Mobiliser les citoyens pour crédibiliser le politique ou crédibiliser le politique pour mobiliser les citoyens ?

      » Publié le 26/06/2007 à 14:16 GMT par Mourad ABOUSSI     (0/10 - 0 Votes)    Commentaires (0)     Lectures (313)

 

 

L’Association Alternatives organise une conférence-débat en partenariat avec la Fondation Friedrich Ebert le jeudi 28 juin 2007 à 18h30 à l’hôtel Idou Anfa, le sujet est si signifiant:  "Mobiliser les citoyens pour crédibiliser le politique ou crédibiliser le politique pour mobiliser les citoyens ?"

Note de présentation 

 Alors que les élections se profilent à l’horizon, que la classe politique se prépare à entrer dans la bataille électorale, les Marocains eux sont septiques et s’interrogent parce que rien dans le passé ni même dans le présent ne les rassure et ne leur donne confiance dans le futur. Ils s’interrogent parce que l’avenir n’est pas clair et, la classe politique marocaine ne fait rien pour dissiper le brouillard.
Pourtant, une question semble en permanence occuper les esprits : Le Maroc restera-t-il tenté par la résiliation et envahi par le doute ou trouvera-t-il en lui les ressources nécessaires pour le sursaut ?
 Car le Maroc a déjà éprouvé l’espoir et la déception, l’engagement et l’indifférence, l’oubli et l’inconscience mais jamais tant d’indifférence à l’égard de la chose politique.
 Le concert des optimistes qui vantent la nouvelle dynamique économique ne changera rien à ce sentiment.

 A la veille des élections de septembre 2007, le problème central qui sera posé est, sans aucun doute, la participation des Marocains à cette échéance électorale.

 Depuis quelques années on a remarqué un taux d’abstention de plus en plus élevé ; en effet, on a pu relever que durant les élections de 1993 et 1997, plus de 8 millions de citoyens sur plus de 14 Millions en âge de voter ne se sont pas sentis concernés par l’opération électorale (non inscrits, abstentions, et bulletins nuls ...)

 On s’attendait que lors des élections législatives (septembre 2002) et locales (septembre 2003), considérées comme les premiers scrutins du nouveau règne, que cette participation trouve un nouvel élan ; cela n’a pas été le cas. Cette attente était d’autant plus grande que ces élections étaient présentées avant, durant et après leur déroulement comme totalement transparentes ; il tombe sous le sens, dans la mesure ou le PJD a été invité à limiter le nombre de ses candidatures et les résultats de ces mêmes élections ont été annoncés 4 à 5 jours après le jour du scrutin, qu’on ne peut parler d’élections foncièrement transparentes …

 Le renouvellement du tiers sortant du 8 septembre 2006 n’est pas de nature à encourager la participation. Par ailleurs des observateurs font remarquer que la Maroc enregistre le 3ème plus mauvais score au niveau du monde quant à la participation. Et enfin, le fait que plus de 3 millions de citoyens ne soient pas inscrits lors du renouvellement des listes électorales en mai dernier (on pense les ouvrir à nouveau) est un signe qui ne trompe pas.

 Alors comment peut- on expliquer une telle désaffection ? S’agit–il d’une désaffection protestataire ou liée à l’absence de socialisation et de civisme. S’agit-il enfin d’une désaffection collective exprimant le rejet de l’ensemble du système politique ou tout cela à la fois?

 La désaffection du citoyen par rapport à la chose politique en général et de la question électorale n’est pas tout à fait récente ; elle remonte au moins à plus de deux décennies. Les causes sont nombreuses et suffisamment connues pour s’y appesantir. La question c’est comment y répondre ? C’est toute la question de la réforme du système politique qui se pose aujourd’hui.

 Le Maroc est-il réformable ? Cette question n’est ni iconoclaste ni incongrue. Loin s’en faut.

 Le Maroc depuis au moins trois lustres est toujours considérée comme en transition. La transition ne devrait être qu’une étape vers un objectif bien déterminé à savoir une véritable démocratisation du système politique. Où sommes nous par rapport à cet objectif ?

 Malgré toutes les reformes intervenues depuis 1990 dans tous les domaines, notamment en matière de liberté (libération des prisonniers politiques, retour des exilés, initiation d’une nouvelle culture de droits de l’homme, l’expérience de l’IER…, les réformes constitutionnelles, l’alternance . ;) d’aucuns estiment que la situation n’a pas changé et que le système ne fait que se reproduire ; seuls les formes et les moyens ont changé. Tout simplement parce que la situation au niveau interne et international n’est plus la même.

 Le problème est un problème de fond, de légitimité et de confiance.
La démocratie à l’occidentale repose sur cinq piliers : les libertés individuelles et collectives, des élections libres et transparentes, l’alternance entre majorité et minorité, la séparation des pouvoirs, le tout exercé dans un espace appelé Etat de droit.

 Et ce qui sous-tendent l’ensemble de cet édifice, ce sont deux notions essentielles : la légitimité et la confiance. La légitimité ne peut-être qu’historique mais fondée sur l’élection. Celle-ci n’est pas suffisante si elle n’est pas accompagnée d’une notion consubstantielle à tout système de représentation politique, c’est la confiance. La preuve est que même dans les pays disposant de tous les ingrédients de la démocratie y compris la légitimité renouvelée par les élections, on constate de plus en plus de fortes désaffections des citoyens européens par rapport à la chose électorale et politique.

 Que faut-il faire pour que le citoyen marocain recommence à croire en politique ?
 
 Certains estiment que l’on peut obtenir la participation avec la seule mobilisation pour faire revenir le soutien au champ politique.
D’autres estiment, qu’il faut d’abord crédibiliser le politique par des signaux forts, seule voie susceptible de recréer la confiance et permettre une véritable participation citoyenne et donc plus largement une réelle réhabilitation du politique

 Le politique a deux fonctions essentielles : la première étant de réguler les conflits de manière pacifique (par le système d’élection et de représentation) et ce en répartissant les richesses d’une manière la moins injuste possible. La seconde est, comme le religieux, le politique donne à croire ; il s’agit de l’élément psychologique très déterminant dans le processus d’adhésion à toute politique. L’adhésion et la confiance s’obtiennent par l’existence d’un projet de société.

 Alors que faire ?

 Un projet de société ne se réalise pas sans la participation des citoyens. La participation ne s’obtient que si ces derniers y croient ; pour ce faire, un des signaux forts est que les élections de septembre 2007 soient fortement crédibles (du renouvellement réel des listes électorales en passant par le découpage jusqu’au vote et ses résultats…)

 Et au-delà de cela, de bonnes élections ne font pas une démocratie. Il faut que la culture politique et les acteurs politiques opèrent ce que l’on peut appeler un véritable aggiornamento (mise à jour). Sans cela, on continuera à produire un système politique sans grandes ambitions mobilisatrices.

 Enfin, un des grands facteurs de la mutation du politique, c’est l’autonomie des individus et des instances (au sein de la société et de l’Etat) par rapport à toutes les sources du pouvoir.
 Seuls des individus véritablement libres et des instances (partis, syndicats et associations…) autonomes peuvent contribuer à la grande entreprise de reconstruction seule à même susceptible de réhabiliter le politique et tout le processus électoral. 

 

 

 
   

 

    

 
   

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