Edito de A.R.BENCHEMSI: Neutralité active

      » Publié le 14/10/2006 à 3:45 GMT par Mourad ABOUSSI     (0/10 - 0 Votes)    Commentaires (4)     Lectures (228)

 

 

Pour une fois que les écoutes téléphoniques servent à quelque chose de bien…


Ce vendredi 13 octobre, ils devaient normalement se trouver au Parlement, sanglés dans leurs jellabas de cérémonie, applaudissant le roi à tout rompre. C’est pourtant de chez eux qu’ils ont suivi la cérémonie, à la télévision. Et on imagine qu’ils ont versé toutes les larmes de leurs corps.

Eux, ce sont les douze élus à la Deuxième Chambre inculpés de
corruption électorale. Douze notables des partis de la majorité, dont le cauchemar ne fait que commencer. La justice dispose en effet d’enregistrements qui les accablent. Dans les quelques jours précédant le scrutin partiel du 8 septembre, ils auraient dépensé des millions de dirhams (on connaîtra la somme exacte dans quelques semaines) pour s’assurer les votes de plusieurs “grands électeurs”. Et ils ont gagné. Mais aujourd’hui, leur élection a de fortes chances d’être invalidée, et ils sont même sérieusement menacés de prison.

C’est la première fois qu’un tel scénario se produit, depuis que le Maroc a un parlement. On avait fini par penser que la corruption électorale était une fatalité, que personne n’y pourrait jamais rien. Driss Basri l’avait dit en 1997, quand il avait introduit le fameux concept de “neutralité passive” dans le lexique politique marocain. “L’Etat ne favorise plus de candidats, avait-il dit, mais il ne peut intervenir contre la corruption électorale. Comment le pourrait-il, puisque par définition, aucun des deux acteurs en présence (celui qui vend sa voix et celui qui la lui achète) n’a intérêt à témoigner ?”. Chakib Benmoussa a trouvé la solution : il les a mis sur écoute.

En avait-il le droit ? Apparemment oui. Selon nos informations, voici comment les choses se sont passées : courant août, pendant que la campagne pour le renouvellement du tiers de la Deuxième Chambre battait son plein, la presse quotidienne commençait à citer des cas de corruption. Le ministre de l’Intérieur a donc été invité à réagir, pendant la réunion d’une commission parlementaire. Là où un Basri aurait levé les bras au ciel avec un sourire faussement contrit, Benmoussa et Fouad Ali El Himma – dont c’était la première apparition au Parlement depuis 7 ans – ont sauté sur l’occasion pour rédiger une circulaire conjointe (Intérieur/Justice), donnant aux walis le pouvoir d’enquêter sur les cas soulevés par la presse (une quarantaine). Les walis en question ont donc saisi le Parquet, qui a à son tour saisi des juges d’instruction, lesquels ont autorisé, deux jours avant le scrutin, la mise sur table d’écoute des candidats suspects. Sur les quarante, douze se seraient trahis – attirant dans leur sillage une cinquantaine d’intermédiaires, parmi lesquels cinq députés de la Première Chambre et plusieurs élus locaux. A tous ces gens, les juges d’instruction ont interdit, tant que l’enquête était en cours, de quitter leurs circonscriptions respectives… et par ricochet, d’aller à Rabat le vendredi 13. Une manœuvre politiquement habile puisque l’immunité, pour un parlementaire, ne prend effet qu’à partir du moment où il assiste à sa première session. Tant que les douze élus resteront chez eux, ils seront des justiciables comme vous et moi. Et s’ils bougent de chez eux, ils deviendront des hors-la-loi.

Bien sûr, on peut penser que ces douze-là sont des boucs émissaires. Bien sûr, on peut soupçonner d’obscurs règlements de comptes derrière la façade. Bien sûr, on peut se demander “pourquoi maintenant ?”. Mais vous savez quoi, chers lecteurs ? Même si elles sont légitimes, je n’ai envie de me poser aucune de ces questions. Il fallait une première fois, la voilà. Et pour ne rien gâcher, tout a été fait dans les règles. Alors pour une fois, je vais laisser tomber mon scepticisme de journaliste et je vais applaudir l’Etat, sincèrement et sans réserve. Sur ce coup-là, il le mérite.

 

 
   

 

    

 
   

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mais encore ...

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  Posté par Larbi le 16/10/2006 à 2:23 GMT

    Excellent édito d’ARB (comme d’habitude).

    Moi aussi j’applaudi. Cependant une question ma taraude l’esprit. Que des candidats fassent le pas et osent corrompre ça veut dire qu’ils n’envisageaient pas la possibilité d’être poursuivis.  Et que dans leurs esprits la force n’est toujours pas à la Loi. J’espère que cet antécédent donnera des leçons aux futurs manipulateurs.

    Là ou je suis sceptique c’est que dans l’esprit des gens qu’il faut changer ce genre des pratiques. Et quelque chose me dit qu’il y en a qui vivent encore sur le souvenir d’une période qu’on espère révolue.

     

 

oui Larbi, une leçon!

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  Posté par Mourad@Erasmus le 16/10/2006 à 3:26 GMT

 

Reponse de Mourad@Erasmus Le 16/10/2006 à 3:27 GMT

     

    Oui Larbi, tout à fait d’accord sur ce point, c’est qu’il n’avaient pas peur, et la Loi n’avait pas jusqu’à lors réussi à leur insinuer quelques scrupules, 

    C’est une leçon pour l’éveil des dinosaures nostalgiques!

     

 

 

 

la loupiotte

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  Posté par Abdou le 16/10/2006 à 18:23 GMT

    Enfin une une  petite loupiotte tremblote dans le chemin complètement obscurci par la corruption. Mais;;;;;il ne faut crier victoire! Les douze dormeurs du parlement étaient déjà dans le collimateur. On s’attendait à assister à leur abject comportement. Et aussi, on devait aussi sévir pour dissuader les autres, car les elections approchent.

    Tous les maux qui minnet la politique marocaine et la population marocaine, et ce dans tous les domaines, viennet de cette hydre aux mille tentacules.

    Je souhaite du fond du coeur que le tandem Intérieur/Justice frappe fort, et le corrompu et le corrupteur, sans pitié ni consdérations. Ainsi les tentacules seront coupés et l’hudre occie. Le Maroc pourra enfin suivre son chemein éclairé par un soleil rayonnant.....

    Abdou

    Abdou

 

Reponse de Abdou Le 16/10/2006 à 19:15 GMT

     

 

 

 

loupiotte: erratum

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  Posté par Abdou le 16/10/2006 à 19:17 GMT

    Tous les maux qui minent

    au lieu de tous les maux qui minnet

    Abdou

 

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