À la recherche de « l’âme sœur » ou d’une gloire électronique, dès que les jeunes se connectent à Internet, ils sont quasiment « déconnectés » et cela dure des heures et des « nuits blanches » même. Alors que les maux du net sont multiples, ils se voient entraînés, d’une manière volontaire ou involontaire, dans certains jeux sans scrupules qui passent parfois pour des délits et qui peuvent ainsi leur coûter leur liberté sinon toute leur vie.
L’affaire des sites pornographiques révélée en novembre par le quotidien « Assabah » mérite notre méditation. Ces sites mis en ligne par un « inconnu » auraient inclus des photos nues de jeunes élèves de la ville d’Eljadida, avec des commentaires déplacés, des renseignements permettant de reconnaître leurs identités et même une description qui propose leurs services. Cet inconnu se venge-t-il en essayant de dénigrer ces jeunes ? Le mystère s’est installé, mais les circonstances spectaculaires de l’incident n’ont pas à occulter l’esprit de synthèse : poussons notre intelligence plus loin et enquêtons, car il s’agit bel et bien d’un crime.
En dépit de la véracité des informations formulées, cet inconnu a-t-il le droit de juger les comportements et les libertés des ces élèves, de rendre le verdict et d’exécuter la peine d’une manière si horrible ? Bien sûr que non. Il a occupé son temps à préparer un stratagème afin de satisfaire son ego et de s’amuser en assistant à la panique des lycéens et de leurs familles. Cet exploit nécessite le travail de plusieurs mois et surtout l’aide de complices qui peuvent lui livrer les adresses e-mail des sujets. À travers le piratage des boîtes de chacun d’eux, il arrive à acquérir toutes les photos intimes, à lire les secrets des plus discrets. La suite est simple : inscription, configuration du blog, et mise en ligne de tous les documents avec une touche artistique et surtout criminelle.
Ce sont là les démarches de ce « nouveau libertinage » et les caractéristiques du profil du cyberpornocrate, sur les pas de Servaty, qui est devenu on dirait un anti-héros chez certains internautes, un exemple dont ils imitent les pratiques délictuelles sans la moindre réflexion. Sa conquête bestiale qui avait déclanché un scandale malheureux est encore cruellement exploitée : plusieurs s’amusent à mettre online les photos des filles gadiries dont a abusées ce pervers, en créant facilement des comptes sur over-blog ou skyblog qui ne désactivent ces sites non conformes à la charte qu’après des semaines, soit le temps suffisant pour les découvrir et les visionner. Un acte qui peut provoquer davantage de problèmes à ces filles qui essayent de refaire, difficilement, leur vie après le sort injuste dont elles ont souffert. C’est un autre cas d’inconnus qui reprochent, qui condamnent, mais qui choisissent mal l’outil via lequel ils peuvent véhiculer leurs propos, il le font à la manière du cybersexe et tombent dans la cybercriminalité.
C’est donc un motif narcissique qui déclanche chez certains jeunes le désire de créer une gloire électronique, avec le manque de conscience et l’excès d’ambition, les choses peuvent mal tourner ! C’est l’histoire du jeune adolescent marocain accusé d’avoir collaboré à la conception du virus Zotob qui s’était attaqué aux sites Web des firmes internationales, soit des médias de taille aux Etats-Unis comme les chaînes de télévision CNN, ABC news, le journal New York Times ou encore la société Capital Hill. L’affaire inédite qui avait secoué la chronique judiciaire et suscité beaucoup d’intérêt de la part de l’opinion publique, n’est que le cas d’un jeune hacker chez qui le besoin de l’affirmation de soi est abondant et qui a été peut-être exploité par son complice turc présumé : « participer à la conception du virus et recevoir en contrepartie des codes pour forcer des cartes de crédit de porteurs de différents pays ». Le gain matériel est ici présent, tout comme l’orgueil et l’excès de confiance, car le monde sombre du piratage est peut-être difficile à cerner, mais il ne faut jamais croire qu’il est impossible de détecter les délits d’un hacker si doué et si futé qu’il puisse être.
L’accusé dans l’affaire du développement du virus informatique Zotob est allé un peu trop loin, ce qui l’a opposé à Microsoft et au bureau fédéral américain
(FBI), puis la cellule de lutte contre la cybercriminalité a intervenu au nom de la coopération internationale. Relevant de la DGSN, cette nouvelle brigade au Maroc est « une police en charge de traquer les comportements et les agissements illicites sur les réseaux informatiques ». Lors de cette affaire comme pour tous les autres cas de cybercriminalité, il est aisé de trouver le suspect : l’adresse électronique, l’adresse IP puis l’abonnement Internet permettent d’identifier facilement l’individu et de procéder à son arrestation.
Pourquoi donc commettre des infractions pénales similaires sur la toile ? Pourquoi restreindre l’usage d’Internet aux chat-rooms et aux salons de rencontres ? Pourquoi jeunes et moins jeunes oublient qu’Internet est d’abord une grande bibliothèque universelle et un merveilleux véhicule de connaissances ?
Le réseau compte plus de 20 millions de weblogs, les thèmes choisis varient selon les intentions et les goûts, mais parfois certains usagers « dérapent ». En visitant quelques blogs de gadiris, on peut constater que certains vont jusqu’à mettre en ligne les photos de leurs professeurs avec des appréciations, d’autres projettent de dénoncer des pratiques au sein de leurs établissements: « Que le massacre commence ! » ébauche un étudiant, quant à ceux qui veulent draguer ou se venger, ils regroupent des photos et les commentent : « Voici toutes les filles que j’ai connues », « Blog dédié à tous les mecs qu’on connaît », « voici tous les bogos de la ville »… Bien sûr le clic droit est désactivé, aucun téléchargement des images ne peut-être effectué, mais on ne sait jamais ! En plus, pourquoi ne pas opter pour les blogs d’actualité où on peut mettre des articles précieux, partager des idées, commenter l’actualité du Maroc et du monde ? Ou concevoir les blogs comme des journaux intimes électroniques ? Encore est-il que pour ceux qui désirent gagner de l’argent grâce à Internet, le hacking n’est qu’une voie utopique, il existe bien des manières légales dont profitent les webmasters qui administrent leurs propres sites.
Il est sûr qu’Internet n’est pas un outil diabolique, mais il est source de dangers potentiels, notamment les virus envoyés par des hackers qui détruisent les fichiers, et d’autres plus abstraits qui attaquent les plus faibles d’entre-nous, ceux qui ne sont pas dotés d’« anti-virus » ! Car il ne faut surtout pas oublier que tout exploit, plaisir ou gloire sur le net, n’est que du virtuel !