« On était jeunes… on était fous » !
Un mal a-t-il frappé notre jeunesse cette année ou est-il un simple hasard que plusieurs faits atténuent le goût si amer de la déception, en vue de cette criminalité naissante qui sent le ludique, de cette démission mal calculée devant le savoir et de cette intolérance écervelée qui sème la haine et nourrit la rancune ?
On dirait que « l’école » ne procure plus aucun plaisir ni même quelques moments de joie, au point que des lycéens cherchent à détruire leur établissement à l’aide de bombonnes de gaz et d’un stratagème capricieusement criminel. Et dire que les jeunes manquent d’idées et d’inspiration ! On est passé dans l’espace restreint de quelques années des enfants qui volent une boîte de craie aux jeunes hommes qui mettent en péril les vies de leurs camarades juste pour échapper aux courtes journées de l’examen et à la préparation hâtive d’une endurance minime par rapport à ce qu’endurent certains parents pour leur assurer la « bouffe » et leur préparer les « vivres » !
Cette sublimation des examens, néfaste sur maints égards, produite en grande partie par l’institution, est une fièvre qui attaque les plus faibles d’esprit, ceux qui ne disposent d’aucune préparation psychologique et qui vivent en hibernation intellectuelle durant tout le semestre sans développer la moindre compétence.
Le cas des étudiants est insoutenable pour moult raisons. S’agit-il de boycotter les examens rien que parce que l’habitude –pour ne pas dire l’habitus- en a voulu ainsi ? Les revendications ne sont pas aussi pertinentes, l’insuffisance du temps de préparation est une composante invalide, puisque l’acte d’étudier n’a jamais désigné le fait de moudre les mots et de faire la fête au sein des facultés durant des mois en attendant « Godo » ou Simo et les autres pour s’éclater sans souci ! Ou encore pour créer des sectes qui s’entretuent et des cercles qui discutent tout sans connaître les moindres principes du dialogue, qui critiquent tout et ne s’autocritiquent jamais, qui développent uniquement l’esprit haineux et sont prêts à tout sauf à raisonner.
Étudier est certes beaucoup de concepts à la fois, mais c’est surtout contrôler son parcours et sentir ses progrès, éprouver du plaisir à découvrir, vers un orgasme de la pensée et du savoir, vers la modification ô combien précieuse du statut de l’étudiant. Sauf que ce dernier n’est pas le seul à décider, les contraintes sont énormes. Pour une Université comme la nôtre qui accueille des flux d’étudiants de différentes régions, si hétérogènes que peuvent être leurs niveaux, leurs cultures et leurs savoirs, la gestion est « mission impossible ».
D’autant plus qu’on manque d’infrastructures propres à faciliter la vie quotidienne, on se demande comment l’étudiant peut se concentrer lorsqu’il n’assure même pas son déjeuner et lorsqu’il pense sans cesse à la manière dont il peut se débrouiller pour payer le loyer.
Ce fameux « système D » est désormais monnaie courante, les jeunes y recourent continuellement à la moindre difficulté, comme s’ils désiraient une vie paisiblement facile, où tout se procure à la sauvette. Les phénomènes à corroborer ces remarques sont abondants, les scènes écoeurent. Ainsi, beaucoup d’étudiantes vivent grâce à la prostitution, cachée, mode silencieux, mais qui existe bel et bien. Certaines n’ont pas le choix affirment-elles « ou c’est ça ou c’est mourir de faim, puisque les parents ne peuvent pas subvenir à nos besoins, et même s’ils le font, ce n’est jamais suffisant ! ». C’est alors qu’une étudiante, le jour, se mue le soir en « fille de joie ». Soit le job d’étudiant(e)s le plus humiliant qui puisse exister !
Et si cette catégorie a ses raisons, comment expliquer l’image des jeunes telle qu’elle a été présentée par le documentaire sur le toutisme sexuel au Maroc diffusé par la chaîne espagnole Antena 3 il y a quelques mois ? Heureusement que les journalistes avec leur caméra cachée ont circulé uniquement dans les villes de Marrakech, Tanger et Casablanca, sinon, s’il avaient opté pour Agadir- Qui reste un terrain d’investigation richissime- on aurait bien vu des gens de chez nous négocier une nuit ou juste quelques minutes, le temps de « soulager » les pulsions d’un touriste ! Ce qui attriste le plus dans le reportage cité c’est la floraison de la pédophilie jusqu’ au point où des parents exposent et proposent clairement les « services » de leurs enfants. Et c’est courant à Agadir, on les voit ces petits qui errent et guettent durant toute la journée et retournent parfois vers minuit, déçus et chagrinés, demander quelques dirhams aux gens ou supplier le taxiste pour rentrer chez eux :
« - Tu ne vas pas à l’école ?
-Non !
- Et pourquoi tu rentres si tard ? Ta maman « ne te dit rien » ?
- Non ! »
La négation de tout, le vide, la misère, la négation même de la vie ! « Ça ne veut plus rien dire du tout » !
Mourad ABOUSSI
aboussimourad@hotmail.com