-1ère chronique- Momo apprend à penser

      » Publié le 5/02/2007 à 1:32 GMT par Mourad ABOUSSI     (8.5/10 - 4 Votes)    Commentaires (9)     Lectures (1427)

 

 

*Prénom: Mounir *@lias Momo *Résidence: Maroc *Profession: Manager
À la recherche d’un Maroc, Meilleur pays du Monde.

Momo apprend à penser.

"Beaucoup de gens croient qu’ils pensent alors qu’ils remettent
seulement en ordre leurs préjugés."
William James

 Une soixantaine d’heures de travail matin et soir, des cafés amers qui lui ont fait plus de mal que de bien, des insomnies, des dorsalgies, des actes qui se répètent, Momo ne veut pas dire qu’il a mal passé la première semaine de travail dans son nouveau poste, il est persuadé que tous les maux sont inclus et que le grand bien, le résultat positif tarde à venir, mais procure lorsqu’il se concrétise plaisir et fierté. D’ici là, un flash-back s’impose, car les images ne cessent de l’harceler, et car il désire comprendre l’attitude de ses nouveaux collègues.

 Sensible aux regards, aux mots, aux tournures phrastiques, la jalousie de certains cachée dans une tournure dorée d’un discours hypocrite, le rend triste car il n’est pas une cible facile. Ces gens qui lui enveulent alors qu’il ne fait que travailler, ce qui veut dire dans sa logique concrétiser les objectifs programmés et en déduire produits et résultats, gardant l’indifférence envers tout ce qui ne sert pas ce plan; ces gens qui le fusillent de leurs regards comme s’il était d’une espèce bizarroïde alors que l’unique différence apparente est celle d’avoir du plaisir à gérer ses projets, et ce encore malgré le fait qu’il ait mis en veille sa qualité de meneur pour s’insérer dans la dynamique catalysant des rapports de sympathie sincère envers ses collègues ; ces gens qui le saluent le moins chaleureusement possible lorsqu’arrive l’heure de départ et, passant l’un après l’autre, remarquent qu’il est encore penché sur ses dossiers essayant de résoudre les questions pendantes, ils savent qu’il ne peut pas dormir sans que le sens de la responsabilité dans lequel il s’engage ne lui octroie le sentiment paisible de l’accompli, et rien que cette scène omet à certains d’eux le sommeil. Pourquoi tous ces scénarios? Serait-il si sensible qu’il imagine l’aversion des autres ? Ou ceci est le prix à payer pour toute transition ? La vie aurait-elle un sens si futile que la moindre action des autres soit scannée, mal interprétée puis enviée ?

 Momo cogite, un peu mélancolique mais tout en restant confiant et optimiste, car tout cela l’aide à créer des idées, à les confronter pour en déduire positions et principes. Comme chaque jour il tient à nourrir son côté humain en pensant à ses gestes envers les gens, aux décisions qu’il prend, à ce qu’il raisonne et à ce qu’il raisonne moins, il analyse la portée de ce bilan quotidien, il apprend à penser :

 Ce collègue qui ne peut s’empêcher de déclencher des discussions brise-glace loin d’être réussies car centrées sur lui-même, du genre : « Vas-y mollo, te fatigue pas, en fin de compte ça sert à rien ce rythme qui te consume, de toute façon on te payera la même chose, que tu boucles ce travail en un jour ou en une semaine da igual man. Et puis figure-toi que cet investissement est vraiment néfaste pour ton corps, regarde par exemple moi quand j’ai commencé je stressais comme un dingue, j’avais perdu trois kilo en quelques jours, et du coup j’pouvais plus porter mes costards, c’est même que et j’exagère pas mon parfum préf me fuyait, s’évaporait tellement j’étais maigre, en fin je le dis pour … voilà souris un peu, avec ta cravate noire et ta chemise marronne tu as l’air si sérieux que j’ai hésité à te parler le premier jour, mais voyons, je me rattrape aujourd’hui en te taquinant un peu amigo, enfin ça te gêne pas j’espère … ». Ce collègue qui ne prend même pas son souffle et débite toutes les phrases presque avec le même ton, intervenant en tout moment sans que ses réflexions ne soient sollicitées, ne le dérange point, mais il rompe parfois le processus de concentration et empêche des déductions sérieusement préparées. Il faudrait alors témoigner de plus de patience pour ne pas le vexer, puisqu’en somme Momo décide de positiver, et d’apprécier ainsi une certaine innocence chez cet homme, si rare de nos jours, lui qui adore bien sentir l’intelligence émotionnelle des gens ne peut accepter des élans verbaux similaires, si capricieux qu’ils sont, lors des moments les plus laborieux, mais il veut bien les tolérer. Car d’un côté ça fait partie de ses principes écouter jusqu’au bout les gens qui ont besoin de parler puisant pour réussir cet exercice dans ses ressources altruistes ; et d’un autre côté car il aura certainement des choses à apprendre de son collègue, elles ne seraient pas toujours et directement intelligibles mais seraient formulées d’une manière généreuse et donc porteuse d’un flux bénéfique d’informations, à trier, évaluer, redimensionner puis approprier en attente de concrétiser ou d’appliquer. Sauf qu’ayant tendance à relativiser, Momo s’abstient de classer déjà son collègue, puisque quand même ce n’étaient que quelques moments d’une semaine préliminaire, qui sait peut être qu’il deviendraient des amis par la suite.

 Cette cité pas si différente de sa ville natale et qui affiche aussi largement être contrôlée par les principes du gain et de la perte, ne le met pas à l’aise, elle lui insinue une indignation diffuse et sombre pour cause des scènes inconcevables qui le brusquent ou celles qui se répètent et l’attristent. Ses tentatives de comprendre les faits sociaux sont mises en échec non car il manque d’outils d’analyse, mais car l’observation introduit à chaque fois de nouvelles composantes qui perturbent les processus et influencent les conclusions. Il a toujours refusé d’avoir une vision déterministe du social, et opté pour une explication liée à la conscience individuelle, la considérant l’élément catalyseur de tous les maux et de tous les biens éventuels.

 Tout est dans nos motivations se dit-il, générées par nos capitaux incompatibles parfois faisant que les classes populaires des périphéries et des quartiers misérables cherchent à dépasser la contrainte de l’insuffisance des ressources, à ne plus être placés ni placer leurs goûts sous le signe de la nécessité, sans être capables matériellement de le faire tout en ayant parfois les capacités culturelles susceptibles de leur garantir le succès ; et faisant également que les classes supérieures s’attachent à marquer leur distinction, la suprématie de leurs goûts rien que parce qu’ils peuvent assurer le jeu étant aptes économiquement, et aucunement pour un critère d’avantages intellectuels. Tout type d’inégalité est blâmable, surtout celle où les dominants ne regardent jamais en bas alors que le pouvoir qui leur est octroyé est sensé servir le bien-être des exclus, et alors que même sans pouvoir et rien qu’avec leur capital économique ils peuvent semer de l’espoir.

 Tout le mal est dans cette confusion qui règne au sein d’une société qui n’est pas individualiste, où l’autonomie des individus n’est pas assez ample par rapport aux normes et aux contraintes sociales, et contradictoirement, où les comportements des citoyens sont dictés par leurs motivations individuelles. Tout devient caché alors, non déclaré, non affiché, silencieux, et donc source d’un manque d’harmonie. 

 Beaucoup de gens ne font plus que communiquer superficiellement, sans penser les mots, sans sentir les idées, sans avoir le courage de dire en étant soi-même et sans non plus avoir le courage de penser que cette forme superficielle de communiquer peut très bien être véridique, un comportement réel qui ne vient pas uniquement des techniques acquises lors des formations, mais du cœur, de la sagesse qu’on acquiert lorsqu’on arrive à conclure que sur le plan humain, la fortune ne sert à rien quand on perd l’estime des gens, la confiance des amis, l’amour des proches. Tous ces gens qui veulent, envisagent, programment, arrachent, bloquent, barrent, oublient que l’ambition perd tout son charme si le moyen n’est pas légitime, que toute gloire est, si bénéfique qu’elle soit, n’est que momentanée et surtout relative, car la vie de chacun de nous dans la logique de Momo n’est pas limitée au gain. Pour vivre il faut gagner, mais il ne faut pas craindre de perdre, ni avoir peur de donner, puisque ce que l’on perd en donnant, on le gagne au fait. Ainsi que le Changement n’est pas une révolution sanguinaire ou le tour d’un magicien, il a déjà ses éléments en chacun de nous.

 Momo décide alors de ne plus vivre seulement pour lui, les objectifs de l’acte étant éphémères, et de devenir volontaire dans une association qui aide les enfants démunis et les orphelins, il consacrera la matinée du samedi pour donner un coup de main qu’il espère être utile et régulier. Ses notions en pédagogie lui permettraient d’écouter, de soutenir, d’animer, de créer une ambiance joviale que certains innocents n’ont pas la chance de vivre. C’est ainsi qu’il conçoit le partage, effectif et constructif.

 Il tient à être serviable Momo, il déteste avoir des conflits Momo, il est parfois fatigué de raisonner mais il continue à le faire, comme il évalue les gestes des autres il se remet en question, Il a le souci de la bonté Momo. Toutefois, il sait que si attentif, si fort qu’on désire être, il y a en nous toujours une faiblesse qui peut naître du quotidien, des choses les plus ordinaires, les plus humaines. Chaque jour, lorsque les moments du vide étreignent le temps, il a le grand besoin de sentir que quelqu’un pense à lui, comprend ses idées, partage ses émotions, l’aime.

         Mourad ABOUSSI 
     Exclusivité JIMaroc

 

 
   

 

    

 
   

  Commentaires :

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bravo

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  Posté par fatizara le 6/02/2007 à 15:26 GMT

    Continue d’écrire,et au plaisir de te relire!

 

Me lo he leido de un tiron

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  Posté par maroceco le 8/02/2007 à 3:34 GMT

    Bravo mon ami, je te souhaite beaucoup de réussite et de bonheur, tu les mérites sincérement.

 

salam

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  Posté par mahdi le 8/02/2007 à 12:20 GMT

     un tres beau texte artiste...:)

 

salut

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  Posté par samira le 9/02/2007 à 21:41 GMT

    Mes sincères salutations à vous adressées pour votre effort vraiment...

 

Brother & brother

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  Posté par une marocaine le 23/02/2007 à 19:39 GMT

    Bravo, excellent style, très vraie la description de l’entreprise et du management je le dis d’autant que je suis du domaine tu m’as plongé dans mes cours de management et mes relations professionnelles et le décalage qui existe entre les deux. Encore une fois bravo, chapeau bas l’artiste PS: tu m’as rappelé cette très courte "émission" (je suis pas sure qu’on l’appelle comme ca) qui passe sur canal + le dimanche à 13h30, elle s’appelle "brother & brother"

 

Bon courage

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  Posté par Hafid le 8/04/2007 à 4:21 GMT

    salut chèr ami c’est intéressant ce que tu écris, bonne continuation...

 

avis

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  Posté par karim le 14/04/2007 à 5:56 GMT

    bon je voudrais dire aux autres que tellement le style est bien qu’ils sont impressionés et ils peuvent pas contredire lol "mourad le dieu", donc je te felicite mourad pour ce jolie article , et concernant le fond je voudrais dire qu’en gros c’est ta maniere de voir les choses et chui pas du meme avis que toi sur bcp d’idées ; et j’espere que t’as un peu de temps pr discuter de ca . je trouve interessant ce que t’as ecrit alors si tu ve envois moi un email et fixes moi une date.

    a+

 

Reponse de Mourad@Erasmus Le 14/04/2007 à 17:51 GMT

     

    Cher Karim, merci pour ce commentaire, même si je dois informer que ce n’est pas "en gros ma manière de voir les choses", je ne fais qu’analyser les genèses d’une vie.

    Ravi pour une discussion sur le fond même si la forme n’est pas si "bien", je t’envoie un mail une fois que je peux m’engager avec concentration.

    a+

 

 

 

malheureux momo

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  Posté par souad le 13/07/2007 à 19:35 GMT

    momo sera toujours un incompris et donc malheureux..cest 1 looser dans une societe egoiste individualiste.sincerement jai beaucoup de peines pour lui

 

Superbe

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  Posté par steph/selim le 26/08/2007 à 5:49 GMT

    Trés beau texte plein de sensibilité.

 

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